[Test] Max Payne 3

Publié le par Radus

Tout était fini.  La chaleur ambiante était encore accrue par la carcasse brûlant sur l’asphalte déjà chauffé à blanc. Satané Brésil. Le corps de mon ennemi, ou du moins ce qu’il en restait, gigotait pitoyablement au sol, comme s’il était sur une plaque électrique. J’écartais mon doigt de la détente en émergeant du hangar, tel un diable sortant de son infernale fournaise. Un démon avec une coupe de cheveux ratée, une chemise à fleur hideuse et des lunettes de soleil me faisant passer, au choix, pour une star ou un touriste complètement crétin. Ils m’avaient invoqué, me tirant d’une torpeur qui, à l’époque, me convenait très bien. Désormais, ils en avaient pour leur argent…

 

Max-payne-3.jpgIl n’est jamais simple de ramener à la vie une ancienne vedette de la scène vidéoludique. Duke Nukem, qui en a fait l’amère expérience il y a quelques temps, peut en témoigner. Aussi, quand Max Payne 3 fut annoncé en fanfare par Rockstar – après de multiples incidents de développement et plusieurs réécritures de script –, on pouvait craindre le pire pour le héros créé par Remedy à l’aube du Troisième Millénaire. Flic rebelle aux méthodes peu orthodoxes (comme Peter Malboro) et abattu par la mort de ceux qui lui sont chers dans sa première aventure, Max Payne avait su définir les codes du jeu d’action en 3D, restant toujours une référence à laquelle des titres comme Stranglehold (2007) ou Wet (2009) furent comparés. Max Payne 2 – The Fall of Max Payne, plus souvent décrié, avait lui repris la recette de son aîné en y incorporant une maîtrise narrative encore plus importante, et dont des éléments – morceaux de background distillés par des émissions de radio ou de télé, par exemple – furent repris par Remedy dans le sublissime Alan Wake. C’est donc avec une certaine anxiété que nous lançons le titre pour retrouver le John McLane du jeu vidéo.

 

 Nous découvrons très vite un Max physiquement abîmé s’installant dans un appartement avec une vue bien sympathique sur Sao Paulo. La promesse d’un nouveau départ qui reprend vite des allures de routine pour l’ami Max : assis devant une photo de sa femme et de sa fille défuntes, Payne sort pour se procurer les deux éléments de base de son alimentation, à savoir une bouteille de whisky et un flacon d’antalgiques. Le garçon se décide alors à nous raconter sa nouvelle vie. Devenu garde du corps d’un riche homme d’affaires de Sao Paulo et de sa famille qu’il déteste cordialement, Max se retrouve vite confronté à des attaques de multiples gangs contre ses patrons. La femme de son boss finira d’ailleurs bien vite kidnappée, et Payne, souvent dans un état d’ébriété avancé, va désespérément tenter de la retrouver. Une quête qui amènera Max à revoir ce qu’il veut faire de cette nouvelle existence, mais qui lui rappellera aussi pourquoi il s’est décidé à partir vers l’inconnu en Amérique du Sud. Un scénario que le joueur découvrira via de bien sympathiques cinématiques – exit donc les planches de BD des deux premiers opus – et, surtout, les monologues de Max.

 

Car c’est bel et bien là que se situe le gros, l’énorme point fort de ce Max Payne 3. Rockstar nous a en effet habitués à un réel talent dans la narration : Red Dead Redemption – et dans une moindre mesure GTA IV – faisait office de maître du story-telling en open world ; de même, L.A. Noire arrivait à nous plonger dans l’Amérique des années 1940 grâce à sa qualité narrative et sa bluffante modélisation des visages, et ce même si certains PNJ avaient une dégaine étrange où les visages magistralement animés tranchaient avec des corps et cous plus quelconques. Max Payne 3 devient lui la référence du jeu d’action à la troisième personne en milieu « fermé » en termes de récit. Tout a été fait pour immerger le joueur dans les nouvelles mésaventures de Max. Les monologues du protagoniste, fichtrement bien écrits, nous livrent la psyché de cette épave sur pattes, et ses interactions avec ses patrons, partenaires ou même ennemis sont diablement mises en place par des dialogues percutants. Plus encore que le côté interpersonnel, c’est la recréation de l’ambiance qui laisse sur les fesses. Que ce soit dans une discothèque de Sao Paulo, dans un stade brésilien en pleine nuit ou lors des phases urbaines au Brésil ou à Hoboken, tout est fait pour que la personne derrière la manette/le clavier et la souris s’y croie. On ne pourra par exemple pas passer à côté de ces dialogues logiquement en portugais qui resteront un mystère pour le joueur non-lusitanophone puisque Max ne comprend pas la langue de Ronaldo. Certains pesteront, estimant qu’une grande part du background leur échappe. Il n’empêche que l’aspect role-play de la chose est incroyablement renforcé par ce choix des développeurs.

La partie graphique n’est pas en reste puisqu’en plus d’environnements parfaitement modélisés, Rockstar a trouvé un moyen de retranscrire le manque de fraicheur de Max. Des effets visuels récurrents (accentuation des lumières, dédoublements…) sont en effet là pour simuler l’état d’ébriété quasi-permanent du garçon – il dit d’ailleurs lui-même qu’il n’a pas été sobre depuis des mois. Une trouvaille qui rappelle les filtres appliqués à Kane & Lynch 2 – Dog Days, à ceci près qu’ils ne cachent aucune misère graphique sur Max Payne 3 vu que le jeu est techniquement inattaquable. On regrettera parfois ce choix, la migraine n’étant pas loin en début de jeu. Heureusement, on s’habitue très vite, et la pirouette tend à se raréfier au fur et à mesure de notre avancée. Cette combinaison de finesse visuelle et d’ambiance proche d’un film noir tant le titre se révèle cru et sombre place Max Payne au sommet de la chaîne alimentaire, reléguant le plus habile de ses concurrents au rang de pâle cousin. Et l’enchantement ne s’arrête pas à l’expérience narrative.

 

La partie jouée est tout aussi plaisante. Le pari était pourtant osé, Max Payne et Max Payne 2 étant des jeux d’un âge où la vie de notre avatar ne remonte pas seule, dans lesquels le joueur peut donc mourir et surtout dont la jouabilité devait être maitrisée – au moins un minimum – pour voir le bout de l’aventure. Comment notre dinosaure allait-il donc s’adapter ? On serait tenté de dire qu’il ne l’a pas vraiment fait. On retrouve en effet les éléments passés à la postérité avec les deux épisodes fondateurs, en tête desquels le bullet time et le bullet dodge, ces actions au ralenti qui, en plus d’avoir la classe, permettent à Max de supprimer ses ennemis, ou les antalgiques magiques auxquels Max est désormais accro – addiction sûrement responsable de la non-mise sur le marché d’un cachet miraculeux qui permet de se remettre de plusieurs blessures par balles… Il en ressort donc une sensation old-school fort agréable. Cependant, que les amateurs de titres plus récents se rassurent : Max Payne 3 fait aussi de gros efforts pour rendre le tout plus « accessible ». On voit ainsi apparaitre un système de couverture simple à utiliser et qui remplit son rôle, à savoir nous permettre de nous abriter pour recharger entre deux plongeons au ralenti. On peut en outre remarquer une légère « assistance » à une utilisation « pré-mortem » des antalgiques, le joueur ayant quelques secondes pour abattre un ennemi si sa santé venait à tomber à zéro et qu’il lui restait un flacon des précieuses pilules. Les inconditionnels du réalisme accueilleront par ailleurs d’un bon œil que Max puisse mourir d’une balle bien placée (ce qui est quand même très cruel) ou qu’il ne soit plus capable de porter des dizaines d’armes mais seulement trois (deux armes de poing et une arme plus lourde). Rockstar utilise même cet ajustement pour nous épater en réussissant à inclure lesdites armes dans les cinématiques. Ainsi, si vous aviez un pistolet à la main et un fusil à pompe en attente dans la main gauche, Max sera représenté tel quel dans la cut scene. Un petit rien qui fait la différence dans un titre qui reste, malgré ces concessions, un challenge à relever tant l’IA se montre performante. Sans être géniaux, les adversaires de Mr Payne se montrent très agressifs et précis, et font même preuve d’une certaine intelligence dans leurs tactiques d’approche (ce qui sera encore plus vrai avec les opposants de la fin du jeu, mieux entraînés).

 

Si l’on ajoute une qualité sonore exemplaire, tant dans les doublages que dans les compositions, à toutes ces qualités visuelles, ludiques et narratives, Max Payne 3 se pose simplement comme la référence du jeu d’action à la troisième personne. Beau, sombre, prenant, long (près de dix heures pur finir la campagne solo), jouable, ce troisième volet a tout pour se hisser au niveau d’excellence des deux premiers opus. Seuls deux soucis de confort de jeu, à savoir la prépondérance (fatigante mais à laquelle on s’habitue) des effets visuels au début de l’aventure et les sous-titres trop petits l’empêchent d’atteindre le rang de jeu parfait dans son domaine. C’est d’autant plus dommage quand on sait qu’en plus de son solo exaltant, Max Payne se permet aussi de réussir son entrée dans le monde des jeux multi avec un service online bien pensé. Fait d’un mix entre modes classiques (match à mort en équipe et autres réjouissances) et oppositions plus originales (matches entre joueurs aux avatars lambda contre VIP surarmés et plus résistants, confrontations à objectifs et cartes évolutifs,…), le multi se révèle addictif et tout aussi chronophage que celui d’un FPS quelconque, et apportera une fraîcheur bienvenue. Un solo titanesque et un multi réussi pour un jeu de haute volée qui vous en donnera pour votre argent, en somme. Au final, qu’attendez-vous donc ?

 

Max Payne 3 est une véritable tornade. Il emporte le joueur avec lui, le ballotant, l’immergeant dans un récit d’une noirceur peu commune pour mieux le rejeter à la fin de la trame principale, pantelant et la tête pleine des souvenirs de phases marquantes. Des dispositions qui lui donnent envie de se replonger dans ce modèle de transport dans un univers et de mécaniques de jeu via une deuxième session solo ou une incursion sur un multi diablement bien pensé et addictif à souhait. Bref, Max Payne 3 est une référence repoussant la concurrence au rang d’aspirant sur pratiquement tous les tableaux. L’un des jeux que l’on retiendra de cette génération. 

Publié dans Tests-Preveiws

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