[Test] Duke Nukem Forever

Publié le par Radus

« Je ferai ça quand Duke Nukem Forever sera sorti ». Voilà bien le genre de réponse que tout procrastinateur pouvait offrir, sans trop se mouiller, à toute question. La suite du mythique Duke Nukem 3D aura en effet subi moult reports et même une ou deux annulations, ce qui semblait signer l’arrêt de mort de ce bon vieux Duke. Mais c’était mal connaitre le King…

 

DNF.jpg"I'm back, baby !"

Cette fois, il est là et bien là. Annoncé en grande pompe à la fin des années 1990, le soft aujourd’hui livré par Gearbox, papa de Borderlands, et Take Two aura connu son chemin de croix. Maintes fois repoussé, on l’avait cru mort et enterré. Le jeu était même devenu un vaporware, un de ces jeux dont on entend parler mais qui ne sortent jamais, provoquant la moquerie de la communauté des gamers. Une réputation de jeu-fantôme si tenace que même quand Gearbox annonça son intention de reprendre le titre à son compte, tout le monde crut à une blague. Mais aujourd’hui, on doit se rendre à l’évidence : Duke est de retour après des années d’absence. Pour faire quoi ? Eh bien vu qu’il n’a toujours pas retapé son stock de chewing-gums, il va (re)botter les fesses des aliens ayant envahi SA Terre… Les extra-terrestres vaincus à la fin de Duke Nukem 3D, après quinze ans d’attente, ont lancé la contre-offensive. L’Earth Defense Force (EDF pour les intimes) étant débordée, c’est à Duke Nukem, héros mondial adulé de tous, que revient la tâche de chasser les aliens. C’est sur cette base scénaristique fleurant bon la série Z que s’ouvre Duke Nukem Forever. En notre temps de FPS sérieux traitant de conflits réalistes, ce script minimaliste a de quoi susciter la désolation de certains, et l’espoir des autres. Le joueur se prend en effet à rêver d’un trip résolument old-school dans lequel il abattrait des hordes d’ennemis dans des niveaux au level design diabolique, le tout accompagné des remarques salaces d’un personnage aujourd’hui devenu une légende. Malheureusement, on déchante vite en voyant le résultat final.

 

Hell to the King…

Le soft ne s’appuie en effet pas sur le gameplay nerveux et varié de Duke Nukem 3D. Exit le jet-pack, les bottes ou le scaphandre qui permettaient d’explorer les niveaux dans leurs moindres recoins. Il faut dire que lesdits recoins se font bien rares. Les cartes autrefois si vastes et retorses sont remplacés part des stages à l’architecture dite « couloir », desquels toute notion de zone secrète est à proscrire. Une volonté de variété est bien présente, avec l’introduction de quelques énigmes basiques, des phases de plate-forme ou des passages en véhicule, mais le constat reste sans appel : on se retrouve le plus souvent à avancer péniblement en ligne droite.  Une pénibilité encore accrue par la lourdeur de la jouabilité. Ce bon Duke se déplace en effet très lentement, et ne se tourne pas beaucoup plus vite, ce qui donne un côté assez mollasson aux premières heures de jeu, un comble ! On dira que ce sont les muscles qui le ralentissent… On ne pourra pas non plus se satisfaire de l’aspect technique du jeu. Le développement du titre ayant été long et laborieux, la claque esthétique n’était pas attendue. Mais le soft accuse tout de même un sacré retard, semblant être resté bloqué quelque part entre 2007 et 2008. Les temps de chargement sont d'ailleurs d'époque eux aussi, puisque chaque niveau nécessite un loading de près d'une minute. Pire, si l'on vient à mourir, le chargement est de nouveau présent ! Une sacrée honte de nos jours. En revanche, niveau son, on retrouve tout ce qui a fait le sel de la série : de bons gros thèmes à la guitare accompagnés des remarques et autres insultes fleuries du Duke. On pourra pester sur l'absence du choix de la VOSTF, la VF étant imposée. La prestation tout à fait convaincante du doubleur officiel de Schwarzenegger en Duke n'y change rien : on sera vite tenté de mettre la console en anglais pour profiter du timbre si particulier de Jon St. John.

 

"Babes, bullets, bombs... Damn, I love this job !"

Mais que reste-t-il de positif, alors ? L'ambiance, incontestablement. La direction artistique, sans être géniale, se révèle fort sympathique, donnant lieu à des niveaux bien dans l'esprit de la saga et variés. Peut-être même un peu trop. L'ensemble se laisse certes parcourir avec plaisir (d’autant qu’il faut dix à douze heures pour terminer le solo, soit le double de tout FPS actuel), mais on a parfois du mal à trouver une cohérence dans l'enchaînement des lieux traversés. Ceci dit, cette remarque peut s'appliquer à tous les épisodes de la série. De plus, une nette amélioration est perceptible dans la deuxième moitié du jeu, de bien meilleure facture. Mais chez Duke Nukem, qui dit ambiance dit surtout remarques et vannes tonitruantes, allusions bien en dessous de la ceinture, flingues déjantés et jolies babes. Si ces dernières se révèlent finalement assez peu présentes, on est servis niveau répliques. L’humour caractéristique de la saga a parfaitement été assimilé et distillé par Gearbox, qui nous gratifie de quelques lignes de dialogue puant le machisme décérébré à plein nez. Toujours en ce qui concerne le background, on mentionnera les bonus typiquement dukiens, tels que l’holoduke (pour détourner les ennemis), la bière (pour devenir plus résistant) ou les stéroïdes (pour taper comme un sourd), ou la barrre de vie. Cette dernière (qui n’est plus si courante que cela dans les FPS) est nommée « Ego », et s’allonge quand Duke accomplit des actions spécifiques (uriner, signer un autographe, battre un boss, draguer une babe bien peu farouche…). Certes, cela n’est qu’une façon de cacher le fameux système du soldat invincible, mais le simple fait de lui donner un nom suffit ici à faire sourire, si tant est qu’on connaisse le personnage. Les seules entorses à l’ambiance se situeront finalement au niveau de l’armement et du multi. L’arsenal est assez conséquent, avec le retour d’armes loufoques de Duke Nukem 3D (le rayon rétrécissant ou le canon gelant en tête), mais pourquoi avoir suivi la mode des FPS modernes en limitant le nombre d’engins de torture transportables à deux ? On joue aussi à Duke Nukem pour avoir de grandes poches ! Quand au multi, il se montre au final bien fade et sans saveur. Le retour du jetpack (entre autres) ne parvient en effet pas à sauver ce dernier d’une rebutante banalité. Un gros point noir quand on sait que cet aspect était quasiment aussi important que le solo dans Duke Nukem 3D.

 

Au final, ce Duke Nukem Forever laisse partagé. D’un côté, on regrette qu’un jeu avec un tel potentiel à son annonce (il y a quinze ans, quand même) en soit réduit à un FPS finalement mal à l’aise dans son temps, adoptant maladroitement des mimiques de jeux modernes, mais voulant conserver un aspect old-school. D’un autre côté, le fan ne peut qu’être content de retrouver un héros attachant, aussi amoché soit-il. Quelque soit le camp choisi, on ne peut qu’espérer que le King se verra donner une nouvelle chance, dans de meilleures conditions…

 

 

Les points positifs

- Duke Nukem ;

- Le doublage ;

- L’humour ;

- L’atmosphère générale ;

- Les éléments old-school.

Les points négatifs

- Les graphismes de 2007 ;

- Les temps de chargement des années 90 ;

- Le côté pataud du personnage ;

- Les emprunts aux FPS modernes (level design et mécaniques de jeu) ;

- Le multi en bois

Publié dans Tests-Preveiws

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