[Série] Broadchurch

Publié le par Radus

 

« Un bonheur n’arrive jamais seul », dit l’adage. Quelques semaines après s’être débarrassé de Julie Lescaut, dernier membre alors encore debout du Trio Infernal de la Série Policière Française (avec Une Femme d’honneur et Navarro), le spectateur français va pourvoir découvrir, sur France 2, la série flicailleuse à l’anglaise, Broadchurch. Et ça ne lui fera pas de mal tant le show britannique qui commence ce lundi 17 est brillant.

 

Broadchurch.jpgBoradchurch, petite ville côtière du Royaume-Uni. Sa minuscule communauté où tout le monde se connaît. Ses impressionnantes falaises surplombant la mer. Sa feuille de chou locale où les journalistes ont la difficile tâche de pondre plusieurs pages par jour dans une ville où il ne se passe strictement rien. Son marchand de journaux tenu par le chef de la Brigade Maritime, sorte de boys scouts mais avec des barques. Son petit hôtel du centre-ville. Ses policiers qui n’ont jamais rien à faire. C’est cette ambiance des plus bucoliques qui est fortement perturbée par la découverte du corps d’un garçon le jour de la kermesse de fin d’année scolaire. Le cadavre, étendu sur la plage au pied des falaises sus-citées, fait tout d’abord penser à un suicide. Cependant, l’autopsie révèle vite que Danny Latimer, la petite victime, est mort étranglé. Il incombe alors à Alec Hardy (David Tennant), inspecteur mis au frais par sa hiérarchie après avoir semble-t-il raté sa dernière enquête, et Ellie Miller (Olivia Colman), celle qui espérait le poste d’inspecteur qui a été donné à Hardy, de retrouver qui a bien pu assassiner le fils du plombier local et de la fille de l’office du tourisme. Une enquête rendue bien difficile dans ce microcosme qu’est Broadchurch, propulsée sous le feu des projecteurs par le premier meurtre de son histoire.

 

Il est inutile de se cacher pendant des siècles : Broadchurch est clairement une série à voir. Au-delà du pitch de base, qui n’est déjà pas commun dans la fiction mainstream actuelle (comme le prouvent nos amies les séries américaines Les Experts Miami/Manhattan/Las Vegas, NCIS – Los Angeles et autres New-York -… de Dick Wolf), le traitement et les thèmes soulevés sont clairement des avantages. Si l’on suit l’enquête avec un intérêt sans cesse renouvelé grâce à une écriture maîtrisée parvenant à nous maintenir en haleine jusqu’au dénouement – fin qui nous laisse d’ailleurs sur le fondement vu que l’on ne la voit pas vraiment arriver –, ce sont bien les à-côtés, placés au même niveau d’importance, qui nous scotchent. La psychose qui s’installe, la douleur et l’hébétude de la famille, les difficiles relations avec les médias (notamment modernes), les témoignages de tous poils à trier, la suspicion généralisée – y compris envers cet enquêteur principal « de la ville » exilé dans cet environnement où il n’est que moyennement le bienvenu –, l’insoutenable compassion sont des aspects qui ne sont d’habitude pas spécialement mis en avant, mais ici dépeints avec une justesse presqu’irréelle. Autant d’idées formidables sur le papier transcendées par un casting bluffant et une réalisation elle aussi aux antipodes de ce qui se fait en général.

 

Toute la distribution, à commencer par un David Tennant méconnaissable par rapport à son virevoltant Dixième Docteur de Doctor Who, nous fait vivre cette histoire de la manière la plus viscérale possible. Du petit journaliste local, tiraillé entre son envie de « grandir » et la trahison envers ses amis que représenterait la divulgation de certaines informations, au vieux loup qui employait la victime comme livreur de journaux, en passant par les parents complètement paumés ou le petit gars qui vient de perdre un copain d’école, tous les membres du casting livrent une prestation proprement hallucinante. Outre Tennant, qui accumule les prix d’interprétation, et Colman, nominée mais jusqu’ici pas récompensée, mention spéciale à Arthur Darvill (Rory dans Doctor Who) en prêtre télégénique, David Bradley (Rusard dans Harry Potter ou le vieux bouseux dans Hot Fuzz, notamment) en tenancier de librairie assez peu sympathique ou, bien sûr, Jodie Whittaker (pas vraiment connue de notre côté de la Manche) en très jeune mère qui enterre son fils. Autant de performances sublimées par une mise en scène qui laisse leur place à de longues plages contemplatives, où le silence se fait assourdissant quand la musique ne nous colle pas un bourdon de tous les diables. Le tout sans que le moindre gun n’apparaisse.

 

Bien sûr, toutes ces qualités ne sont pas passées inaperçues puisque la série – qui comprend huit épisodes – a remporté tout un tas de prix, et a surtout amené nos amis américains à programmer un remake (dont Tennant restera le héros), tout comme… Shine France (boîte de production de The Voice, Masterchief ou du beaucoup moins honteux Tunnel) qui compte bien proposer sa version de l’histoire. Si ces deux projets peuvent laisser sceptiques – les US étant capables de nous insérer beaucoup de flingues et d’agents du FBI dans un récit où il n’y a pas la moindre arme à feu, et nous autre mangeurs de baguettes ayant une anormale proportion de « Séquences-Camembert » (vous savez, ces scènes où les protagonistes font laborieusement avancer l’intrigue en s’empiffrant comme des idiots) dans nos fictions –, cela n’est évidemment pas le cas de Broadchurch, qui est clairement une série des plus recommandables. Version française ou pas, sortez les mouchoirs et regardez France 2 ce soir. Vous comprendrez ainsi pourquoi, après Doctor Who et Sherlock, France Télévisions claque notre redevance TV pour acheter les droits des séries britanniques. Et comme moi, vous pourrez leur dire merci. 

Publié dans Cinéma-Série

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article