[Cinéma] Silent Hill Revelation

Publié le par Radus

Les adaptations de jeux vidéo au cinéma, presque tout le monde est d’accord pour le dire, c’est rarement folichon. Nos amis les studios américains – puisque oui, il n’y a qu’eux pour essayer de porter à l’écran ces outils du démon – ont en effet pris une fâcheuse habitude : celle de massacrer les différentes licences dont ils créent un pendant cinématographique. Pourtant, au milieu de ce marasme est apparu, en 2006, un film qui, à défaut d’être parfait, respectait son matériau de base. Ce long-métrage, c’était Silent Hill, réalisé par Christophe Gans et scénarisé par Roger Avary. Malheureusement, ce n’est pas de lui que l’on va parler aujourd’hui, mais de sa suite sortie en 2012, Silent Hill Revelation.

 

Silent Hill 3DTout d’abord, pour ceux qui n’ont pas vu le premier opus, je vous encourage à le regarder, ou à visionner le Crossed qui lui fut consacré il y a de cela un moment. Karim Debbache y a en effet livré un bon résumé du film, de ses atouts et de ses faiblesses, même si je juge pour ma part que la réussite artistique du film contrebalance ses défauts de narration. Mais bon, en gros, Rose Da Silva emmenait sa fille adoptive Sharon à Silent Hill, une bourgade qui semble hanter les rêves de la gamine. Une fois sur place, Rose poursuivait sa fille dans la ville désertée et embrumée, ce qui l’amenait à découvrir que Sharon était en réalité la réincarnation d’une fillette brûlée il y a des dizaines d’années par une sorte de secte de tarés locale. Maman Da Silva finissait par accueillir en elle l’esprit de la fillette mutilée pour le faire entrer dans le sanctuaire des illuminés, puis le libérait, permettant ainsi un joyeux massacre. Malheureusement, elle ne pouvait rentrer chez elle une fois tout cela fini, et restait bloquée dans une dimension parallèle avec sa fille pendant que son mari Christopher, désespéré, se morfondait chez lui.

 

140223-1923-10Bien que boudé par la critique, le film reçut un bon accueil du public, rapportant presque deux fois son budget au box-office. Une suite fut donc mise en chantier, avec les retours de Christophe Gans à la réalisation et Roger Avary (ancien scénariste de Quantin Tarantino) à l’écriture. Cependant, ces deux loustiques durent se désengager du projet au début de son développement : Gans invoqua ses occupations sur l’adaptation d’Onimusha (qui ne vit jamais le jour) et Fantomas (que l’on n’a pas plus vu, hein), tandis qu’Avary se retrouvait en prison après avoir causé un accident de la route ayant entraîné la mort. Le film se retrouva alors avec le seul Michael J. Bassett, mandaté par le producteur Samuel Hadida, pour écrire et réaliser ce deuxième volet. Un brave homme qui sortait tout juste d’un four avec son Solomon Kane (15 M$ de recettes pour un budget trois fois plus important), et qui se voyait donc offrir une tout petite enveloppe de 20M$ pour réaliser Silent Hill Revelation, et en 3D s’il vous plaît. Néanmoins, le gars Bassett ne désespère pas et essaye de bien s’entourer pour accoucher de ce qui s’annonce déjà comme un fiasco qui prend pour base scénaristique Silent Hill 3. Ainsi, il réengage Sean Bean (Boromir du Seigneur des Années et Trevelyan de Golden Eye), qui a miraculeusement vu son personnage survivre au premier film, Radha Mitchel (maman Da Silva), Deborah Kara Unger (Dahlia) et le mec qui jouait le Pyramid Head. Il essaye également d’attirer Masahiro Ito, le directeur artistique sur Silent Hill 2 et 3, pour concevoir les monstres (ce petit gars déclinera poliment l’invitation), et demande ouvertement aux fans de la série quelle actrice ils verraient incarner Heather, la Sharon plus âgée. C’est finalement la fort mignonne Adelaide Clemens (apparemment une apparition dans cet étron qu’est X-Men Origins – Wolverine) qui héritera du blouson blanc de l’héroïne. Kit Harington est lui chargé de jouer une version plus jeune que dans le jeu de Vincent, un membre de la secte qui se range aux côtés d’Heather, et Carrie-Anne Moss (l’aussi inexpressive que Keanu Reeves Trinity dans Matrix) en Claudia, la fanatique sans sourcils. Oui, je sais, ça pue déjà…

 

140223-1913-11Le film commence sur une jeune femme blonde comme les blés qui fuit dans une fête foraine glauquissime. La pauvrette est en effet poursuivie par une bande de cosplayeurs de Belphégor, et après s’être fait mettre un coup de pression par un lapinou jumpscare, n’a d’autre choix que de se réfugier sur un carroussel – actionné par un Pyramid Head enchaîné – sur lequel des gens s’adonnent visiblement au bondage. Alors que son double déguisé en chanteur de Tokio Hotel lui fout le feu (et pas qu’au c..), la blondinette se réveille en sursaut, bientôt rejointe par Papa Da Silva, qui vient lui dire qu’ « il ne peut plus rien leur arriver d’affreux maintenant ». Malheureusement, ce qui semble être un Insécateur sauvage sort des hautes herbes – certainement hors-champ – et vient ruiner tous les efforts de Sean Bean pour rester en vie dans le premier film en le découpant sauvagement, le tout avant qu’Heidi ait eu le temps de lui dire « attention derrière toi, c’est affreux ». Mais retournement de situation, tout ceci n’était encore qu’un cauchemar (ce qui veut dire que cette jolie jeune fille réussissait à rêver dans un rêve…), et on va donc enfin commencer le film.

 

140223-1917-27Sauf que visiblement, Michael J. Bassett n’a pas trop de temps à perdre, et il profite d’une scène anodine de petit-déjeuner + anniversaire – dont la seule fonction est semble-t-il de montrer le côté complice de Trevelyan et sa fille – pour rusher l’intrigue. On apprend ainsi que Papa Da Silva, qui se fait appeler Harry, et Sharon, qui est désormais connue comme Heather, ont pris l’habitude de se cacher, déménageant souvent. Alors qu’Heather – qui comme les 3/4 des héros de films, va avoir 18 ans – part au lycée et flippe visiblement en voyant le moindre SDF, Harry profite lui de cette solitude pour lire le journal intime de sa rejetone (voyant qu’elle recommence à rêver de Silent Hill), et tue le temps en se faisant un petit flashback des familles. On découvre donc que Rose a pu faire revenir Sharon de la dimension Silent Hill en volant une partie d’amulette qui révèle la vraie nature des gens, mais qu’elle a dû rester sur place, ladite amulette ne permettant visiblement de faire voyager qu’une personne si elle est incomplète. Rose a ensuite disparu dans le brouillard, permettant à Radha Mitchell de passer au bureau de la DRH pour chercher son chèque puisque le tournage s’arrête ici pour elle.

 

140223-1923-16Pendant ce temps, Heather fait son numéro d’enfant rebelle quand on lui demande de se présenter à la classe, déclarant qu’elle ne cherche pas d’amis. Ce petit côté revêche attire l’œil du jeune Vincent, dont c’est – par pur hasard – aussi le premier jour, et qui tombe donc instantanément amoureux d’Heather. Sa tentative d’invitation pour un café – si si bien, t’as vu – tombe cependant à l’eau puisqu’elle intervient après une nouvelle crise d’hallucinations + flashback à la troisième personne d’Heather. Le beau garçon au blouson de cuir remarque pourtant que sa douce est effrayée par un mec avec un imperméable dégueulasse et un chapeau de pêcheur qui la suit. Heather appelle Harry à la rescousse. Ce dernier lui donne rendez-vous au centre commercial mais est intercepté à la sortie de chez lui – après le plus beau coup de pression jamais foutu par une poignée de porte.

 

 

140223-1937-21Au centre commercial, Heather fait une nouvelle crise d’angoisse à base de clown inquiétant (un pléonasme), d’enfants mangeant des manburgers, de ballons « Joyeux anniversaire Alessa » et de cuisiniers très occupés à dépecer un mec vivant pour s’en faire un steak, et fuit dans les entrailles du mall. Elle est vite rejointe par le pêcheur à imper’, qui se présente comme Douglas Cartland, détective privé visiblement au courant de sa vraie identité et qu’elle menace allègrement avec un tuyau en fer. Elle commence à défendre Papa Da Silva, qui a visiblement tué quelqu’un en légitime défense, mais il lui assure que c’est elle qu’il cherche. Ils sont vite coupés (ho ho ho !) dans leur conversation par Insécateur, qui tranche les doigts de Douglas dans un effet 3D des plus cheaps, laissant Heather seule et couverte de sang. Elle a donc la brillante idée de jeter son manteau tâché avant de sortir du centre, manteau que les génies de la police ne manquent pas de récupérer en même temps que la dépouille de Douglas, la suspectant de fait. Heather est raccompagnée chez elle par Vincent, qui passait là purement par hasard, discute avec lui de la théorie des réalités empilées du grand-père fou de ce dernier, et finit par découvrir que sa maison a été visitée et que quelqu’un a écrit « Viens à Silent Hill (bitch) » avec de la confiture sur les murs. Elle récupère alors la boîte à secrets de son papa, son gun et part en voiture avec Vincent, qui n’a a priori que ça à faire de sa nuit.

 

140223-1945-54Cette petite scène routière est un bon prétexte pour initier le deuxième rushage de l’intrigue : Heather et Harry ne fuient pas parce que papa a tué un cambrioleur mais parce qu’ils sont poursuivis par les habitants fanatiques d’une bourgade perdue et maudite (« il ne faut jamais construire sur un cimetière indien ». Ne rigolez pas, c’est dans le film…). Ces braves gens seraient torturés par une petite fille qu’ils jugent démoniaque, et qu’ils ont brûlée pour la peine. Toujours dans l’idée d’expédier l’histoire vite fait, Vincent profite d’un arrêt dans le premier hôtel de Silent Hill pour avouer à Heather qu’il est en fait le fils de Claudia, la cheftaine des illuminés, et qu’il a dû se mutiler pour sortir temporairement de sa dimension – remarquons au passage qu’il a une sacrée chance puisqu’il est tombé sur Heather directement. Cependant, vu qu’il est gentil et amoureux, il ne veut pas qu’Heather aille à Silent Hill où, en tant que partie innocente et préservée d’Alessa la petite fille démoniaque, elle serait tuée pour permettre la libération de la communauté. Sa tentative de persuasion est interrompue par l’apparition de la dimension alternée toute sale et mystérieuse mais qui, comme la chambre rêvée et le sous-sol du mall, contient des hautes herbes avec des Insécateurs dedans. Le PokéMonstre attaque et assomme Heather.

 

140223-2009-05.jpgA son réveil, elle est seule dans la chambre, mais s’en fiche et part explorer la ville désormais plongée dans le brouillard. Après une nouvelle attaque de la dimension ténébreuse, elle se réfugie dans une fabrique de mannequins où elle délivre une jeune fille avant qu’elle ne soit à jamais figée. Deux minutes plus tard, cette jeune fille est malheureusement choppée par un monstre moche fait de morceaux de mannequins, Heather prenant elle la fuite par un conduit d’aération qui la mène, purement par hasard, devant l’asile où est enfermé le grand-père fou de Vincent, Léonard. Plus tard au même moment, Harry/Boromir émerge du coma juste à temps pour voir Claudia envoyer son propre fils en « rééducation » à l’asile. Le même asile dans lequel Heather déambule à la recherche de Léonard. Coup de chance, elle tombe sur la bonne cellule et découvre donc Léonard (Malcolm McDowell, l’Alex d’Orange Mécanique, quand même) enchaîné par Claudia.

 

140223-2013-05.jpgComme on pouvait s’y attendre, il devient subitement méchant quand Heather lui donne sa partie de l’amulette : il décide d’utiliser son torse comme un mange-disque, unissant ainsi les deux parties de l’amulette et mutant en grosse bestiole sans face insensible aux balles. Heather a néanmoins l’idée géniale de plonger sa main dans le trou béant qu’il a sur le torse, en retirant l’amulette et détruisant le monstre dans le même mouvement. Elle n’a cependant pas le temps de se remettre et est attaquée à travers les portes par les autres patients de l’asile, qui lui tirent les cheveux. Recroquevillée à terre et implorant de l’aide, elle voit débarquer un Pyramid Head armé d’une sorte d’énorme rasoir qui commence à trancher tout ce qui dépasse des cellules, notamment des bras. Eh oui, « ça va couper, chérie ». Prenant la fuite, elle voit passer le brancard qui transporte Vincent, et le suit dans la salle des infirmières, où elle l’aide à ne pas se faire poignarder par ces joyeux monstres qui lacèrent en poussant de petits cris suggestifs.

 

140223-1911-49.jpgVincent et Heather quittent alors l’asile et débarquent à la fête foraine juste à côté – quand on y pense, un asile, une fabrique de mannequins et une fête foraine dans le même quartier… –, où la jeune fille en profite pour essayer de faire comprendre au beau gominé les bienfaits de l’amour. Ce dernier, qui apprend vite, attire les Belphégors pour qu’Heather puisse aller sur le carroussel bondage vu dans son rêve. Pyramid Head en pile, esclaves SM et double maquillé à la truelle, tout y est. La deuxième Heather fait un speech sur l’Enfer, puis les deux parties de la même personne fusionnent. Heather/Alessa se présente ainsi devant Claudia, et utilise son amulette pour révéler la vraie nature de la folle qui est, surprise, l’Insécateur vu pendant tout le film. Heureusement, Heather connait désormais ses pouvoirs et invoque, cette fois consciemment, le Pyramid Head du carroussel. Les deux PokéMonstres se battent et Pyramid Head utilise une attaque « Taillade » pour décapiter Insécateur avant de partir. Tout est bien qui finit bien, Heather libère Vincent et Harry, et s’apprête à quitter la ville désormais libérée. Cependant, Sean Bean est visiblement triste que Radha Mitchell ait quitté le plateau si vite, et il décide de rester sur place pour essayer de la trouver (hop, un petit clin d’œil à Silent Hill 2). Vincent et Heather sont eux récupérés par un chauffeur routier nommé Travis (bim, clin d’œil à Silent Hill Origins), dont le joli camion croise un convoi pénitentiaire qui s’enfonce dans Silent Hill (triple combo clin d’œil Silent Hill Downpour). Fin.

 

140223-1934-42.jpgQuel gâchis. Voilà bien l’idée première qui arrive à la fin du visionnage. De par son statut de suite, la comparaison avec le film de Gans est bien inévitable, et clairement pas à l’avantage du produit de Bassett. Le choc visuel du long-métrage original est ici totalement absent. Mais ce n’est pas la seule différence : le traitement en lui-même pose également problème. Si l’on devait résumer ce qu’avait entrepris Gans, on pourrait parler de trip d’ambiance lent tentant d’instaurer un malaise, chiche en sursauts, avec une histoire très vaguement inspirée par le jeu original. Ici, on a presque droit à l’inverse : l’histoire reprend très grossièrement celle de Silent Hill 3, Bessat nous offrant de surcroit un film qui fait visuellement penser à Saw, et malheureusement rempli de ces saletés que sont les jumpscares, les passages en vue subjective et les plans chabada (ces moments dans ce cas totalement inutiles où la caméra tourne autour du/des personnages). L’échec dans l’instauration d’une ambiance est criant malgré des tentatives plus ou moins maladroites, la pire étant ce clochard sale dans le bus, et la meilleure la scène avec Malcolm McDowell. Au final, on se retrouve juste à prendre des coups de pression par un lapin en peluche, une poignée de porte (et deux fois la même, en plus) et l’Insécateur qui sert d’antagoniste principal (mais qui, malgré sa nature d’être numérique, est plus expressif que Carrie-Anne Moss).

 

140223-2007-26.jpgAutant de défauts qui relèvent d’un souci d’écriture, tant dans le fond que dans la forme. Là où Gans avait fait le pari d’un film de plus de deux heures lui laissant le temps de mettre en place sa vision des choses, Bassett livre avec ce deuxième épisode un produit beaucoup plus formaté « film d’horreur popcorn ». 1h30, pas une minute qui dépasse, une romance dont on se fiche complètement et une explicitation de presque tous les instants. Car la construction du récit en elle-même pose aussi problème. Pourquoi ces phases de rush de l’intrigue qui désamorcent toute tension ? Prenons quelques exemples : plutôt que faire toute une scène débonnaire de petit-déjeuner où Harry balance la moitié du background des personnages, pourquoi ne pas s’être arrêté à quelques remarques subtiles sur les prénoms et les cheveux ? Le speech rebelle d’Heather nous aurait ainsi appris que nos deux protagonistes sont en fuite. De même, pourquoi la scène expliquant comment Sharon a été rendue à son père intervient-elle si vite ? Elle aurait pu être insérée juste avant la sortie de coma de papa, laissant planer le doute sur l’origine de l’amulette et donnant plus d’impact au discours de Leonard, qui évoque le vol de l’artefact par une femme. Est-ce par peur de perdre les non-amateurs de la série de jeux de base, à qui ce film est aussi adressé, que tout le travail d’analyse est tué dans l’œuf ? Ou la présence de multiples références aux softs de base (le tuyau, le blouson, les clins d’œil finaux) prouve-t-elle que le film est justement destiné à ces idiots de fans de jeux incapables de la moindre subtilité ? Eh bien sans doute un peu des deux. Dans le but de faire plus de profits que sur le Silent Hill de Gans, la production sabre le budget et demande un film en 3D (donc l’entrée coûte plus cher). La fanbase de la série Silent Hill étant en elle-même assez restreinte, il faut attirer d’autres spectateurs. Il faut donc offrir un produit simple à suivre et plus énergique. Tout ce que n’est pas Silent Hill à la base. Moins d’ambiance, un ton moins dur (n’oublions pas qu’Harry meurt dans le jeu Silent Hill 3), plus de jumpscares, et une histoire d’amour gnangnan pour attirer les adolescents. Voilà où se situe l’échec de ce Silent Hill Revelation, qui n’a rapporté que 40M$. Espérons que si troisième épisode il doit y avoir, l’orientation sera différente…

Publié dans Cinéma-Série

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