[Cinéma] Max Payne

Publié le par Radus

Sorti en 2008, soit sept ans après la sortie du jeu, le film Max Payne aura su s’attirer les foudres des joueurs et des critiques, qui le jugeaient trop éloigné du titre de base. Quel meilleur moment que celui de la sortie du troisième opus pour se pencher sur le cas de cette adaptation ?

 

Max_Payne_poster.jpgQuand on y réfléchit, adapter Max Payne était à la fois la tentative de portage la plus évidente et la plus foireuse de l’Histoire du jeu vidéo. Le soft de Remedy avait en effet tout du film noir avec son scénario retors et bien amené et sa mise en scène très hollywoodienne. Le parcours du flic new-yorkais pour retrouver les responsables de l’assassinat de sa femme et sa fille par des junkies donnait en effet lieu à de grosses scènes d’action bullet timées (avec les ralentis et tout, la classe, en somme) et des séquences narratives magistralement écrites. Le deuxième volet avait encore affiné la recette avec des gunfights plus maitrisées et des éléments d’intrigue jusque dans les messages radiophoniques et télévisuels du jeu. Avec une matière pareille, une adaptation pure et simple aurait eu l’avantage d’être fidèle, mais sans réelle ambition. Comme beaucoup d’autres réalisateurs ayant porté des jeux à l’écran, John Moore avait donc choisi une autre voie : celle du remodelage de la matrice.

 

Au fond, la base scénaristique reste la même que dans le segment vidéoludique : Max Payne est un policier new-yorkais à la dérive depuis qu’il a découvert sa femme et son enfant tués par des drogués qui s’étaient introduits chez lui. Si quelques détails diffèrent (Max a été réaffecté à la voie de garage que constitue le service des affaires non résolues au lieu de s’infiltrer dans la mafia), et que des « seconds rôles » du jeu sont absents, comme les frères Finito, la trame va rester globalement la même : la mort du coéquipier de Max, Alex, la trahison de certains de ses amis, la chasse que lui mène Jim Bravura, la rencontre avec Mona Sax,… Même constat pour ce qui est des effets, avec quelques introductions de bullet time qui font plus figure de clins d’œil. Le joueur redécouvre une histoire connue sous un angle un peu différent, mais pas inintéressant, et servie par une plastique fort réussie, que ce soit dans les phases d’hallucinations, de combat ou les scènes enneigées.

 

Certains aspects évoqués dans le jeu sont par ailleurs plus poussés, notamment les effets de la fameuse drogue V et ses origines. Ainsi, si différents noms du soft de base évoquaient la mythologie nordique, celle-ci trouve dans le film un écho encore plus grand avec la représentation des effets de la saleté qu’est Valkyr. Les consommateurs ont en effet des visions de grands humanoïdes ailés noirs identifiés comme les fameuses Valkyries, les déesses chargées de recruter les soldats valeureux (et un peu morts quand même) pour la Grande Guerre à venir. Des monstres qui apparaissent régulièrement pour offrir au film son quota d’effets spéciaux et qui, s’ils étaient dispensables, restent tout à fait acceptables sans qu’on ait l’impression que le film part en hors sujet complet. De même, le pourquoi de cette drogue dévastatrice qu’est le V est ici bien plus mis en avant. La raison, à savoir la création d’un sérum censé booster les capacités des soldats, reste la même, mais le trait est bien plus marqué (il faut dire que les Américains aiment bien ces histoires de complot). Des ajouts/modifications qui, s’ils sont critiquables et dispensables (les valkyries ressemblant plus à des démons qu’à des anges sont notamment bizarres), restent acceptables.

 

D’autres éléments relèvent par contre de l’erreur pure et simple. La plus importante concerne d’ailleurs Max Payne lui-même. Alors que le jeu nous le présente comme foncièrement dépressif, plutôt porté sur la boisson et les antalgiques (oui, les pilules magiques qui lui permettent de se remettre des balles encaissées) et même à la limite de la folie, le Max du film est lui beaucoup plus soft. Certes, il ne dort plus trop depuis la mort de ses êtres aimés, et il carbure au café. Oui, il n’hésite pas à piquer un objet mis en gage pour entrer en contact avec un voyou. Mais cela reste plutôt cheap comparé au « héros » créé par Remedy. De même, les quelques effusions de sang, même si elles sont présentes, restent très discrètes, et trahissent le soin apporté par l’équipe technique au formatage du film et de son propos pour qu’il ne soit pas réservé à un public mature. Puisqu’on parle de cheap, comment ne pas évoquer le casting. Mark Wahlberg, pas aidé par la réécriture du personnage et son adoucissement, est aussi expressif qu’une cafetière froide, et nous livre donc un Max assez éloigné du timbré qu’il est dans le jeu. Il n’est par ailleurs pas le seul comédien discutable. Mila Kunis (Jackie dans That’s 70’s show) est plutôt convaincante dans le rôle (atténué) de Mona Sax qu’on lui a confié, et l’acteur campant B.B. s’en tire assez bien lui aussi. Amaury Nolasco, qui incarne Jack Lupino, ne peut pas en dire autant. En soi, sa performance n’est pas honteuse, et il tient assez bien son rang. Mais comment trouver le gentil Sucre de Prison Break crédible dans ce rôle de méchant ? Un problème qu’avait déjà connu Wentworth Miller quand il avait été catapulté – on se demande encore comment – dans la peau de Chris Redfield.

 

Que retenir de ce Max Payne si décrié au final ? Une esthétique clairement réussie et des ajouts assez pertinents contrebalancés par un casting en demi-teinte et un adoucissement trop prononcé du propos général. On est néanmoins loin du ratage complet décrit par la presse ou certains fans. Le film rejoint donc les quelques adaptations pas inintéressantes mais perfectibles comme le premier Resident Evil et, en étant gentil, le premier Tomb Raider. Mais il n’atteint ni le statut de franche réussite, presqu’exclusivement réservé à Silent Hill, ni celui de ratage complet, que partagent toutes les tentatives de Uwe Boll (Doom, Far Cry, Alone in the Dark, House of the Dead), les épisodes 2, 3 et 4 de Resident Evil ou cette bouse intersidérale qu’est Hitman.  

Publié dans Cinéma-Série

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