[Cinéma] Hard Corner - Le Film

Publié le par Radus

Cette année s'est initié le "grand" retour de la comédie française. Après les Trois Frères - Le Retour et le sans aucun doute insupportable Supercondriaque du tout aussi imbuvable Dany Boon, et en attendant le futur Les Visiteurs 3 - La Terreur (qui offrira enfin à Christian Clavier l'occasion de se replonger officiellement dans la peau de Jacquouille/Jacquard, lui qui nous recrache cette partition depuis son horripilante prestation Crunch-ée dans les Visiteurs 2), nous avons récemment eu droit à Fiston, où Franck Dubosc et Kev Adams nous offrent deux rôles où ils se mettent clairement en danger : le premier est le séducteur et le second se la joue lycéen. Vous n'êtes pas intéressés par ces deux "acteurs" visiblement à contre-emploi ? Eh bien l'occasion est sans doute belle pour donner sa chance à une comédie produite pour un budget à peu près 600 fois moins important, et qui est pourtant fort sympathique (en plus d'être disponible gratuitement) : Hard Corner – Le Film. Et promis, c'est la dernière fois que je fais des parallèles comme ça dans cette critique, et je range mon sarcasmotron par la même occasion.

 


Hard-Corner-Affiche.jpg"Oh, bonjour et bienvenue dans LE Hard Corner". Ceux qui suivent un petit peu la production vidéo consacrée au jeu vidéo ont sans doute déjà entendu cette phrase. Elle sert en effet d'introduction au Hard Corner de Benjamin Daniel, dit Benzaie, une émission dans laquelle un vendeur crasseux, chevelu et légèrement névrotique nous fait découvrir - sur VHS - des objets estampillés "jeu vidéo" collectors. Un concept somme toute sympathique qui, associé aux autres créations du garçon (critiques cinéma, jeux résumés en cinq secondes, ou vidéos plus à la cool comme l'excellent Marathon Dead Rising en cours), a permis à Mr Daniel de récemment devenir un des gros bénéficiaires du tout frais Tipee de Michael Goldmann. Et c'est bien mérité. Mais bien avant cela, Benzaie avait lancé une série de t-shirts inspirés de son show phare qui, à sa grande surprise, lui avait permis de récolter une somme coquette à réinvestir dans un pari un peu fou : un film basé sur le Hard Corner. Plusieurs mois de production plus tard, le long-métrage est désormais disponible de façon totalement gratuite sur Youtube. Et deux visionnages plus tard, j'ai bien envie de donner mon avis sur cet OVNI qui réunit Benjamin Daniel (devant et derrière la caméra), John Daniel (son frère), David Chabant (Ganesh2), Bob Lennon et Laura M. Hirel.

Images-2-1242.PNGBenzaie, jeune geek chevelu et barbu, semble tout avoir dans la vie : il a un boulot de vendeur dans une boutique de jeux vidéo, un petit appartement et une jolie copine. Mais quand on y regarde de plus près, rien n'est idyllique. Jean-Guillaume (Ganesh2), son ancien camarade de classe et patron, le traite comme un moins que rien, l'exploitant et le maltraitant même devant les clients, ignares qui ne jouent qu'à des jeux simples d'accès et médiocres que la télévision leur vend. Un mal-être professionnel auquel s'ajoute une compagne autoritaire, manipulatrice et superficielle qui se refuse à lui, le laissant trouver réconfort et détente dans Solstice, symbole de ces vieux jeux qu'il aime tant, et Alpha Man, la série qui a bercé une enfance difficile. Son destin va changer quand, après une nouvelle matinée difficile avec les clients, Benzaie subit de nouveau les brimades de Jean-Guillaume. Se rebellant pour la première fois, Ben perd son emploi et ambitionne d'ouvrir lui-même une boutique qui viendrait couler celle de son rival. Un endroit où l'on vendrait "de vrais jeux", le Coin des vrais Hardcore Gamers. Et pour réaliser ce rêve et gérer à la fois sa nouvelle situation de chômeur et les crises d'autoritarisme de sa "Bibiche", les conseils de l'Alpha Man dans sa tête ne seront pas de trop.

Images-2 1245Ne nous voilons pas la face, Hard Corner – Le Film n'est pas exempt de défauts. Sur le plan technique, tout d'abord, on se retrouve avec quelque chose d'assez inégal. On ressent ainsi un véritable effort pour offrir quelque chose d'homogène au niveau du son, mais ledit effort est justement trop perceptible. Les musiques sont très bonnes et collent bien à ce qui se passe à l'écran alors que des différences sont audibles en ce qui concerne les voix. La dernière scène entre Benzaie et sa copine est d'ailleurs symptomatique, un vilain écho des dialogues étant bien présent. Dommage, tout comme la multiplication des appositions de voix en post-production. Si cela semble être un choix artistique assumé pour Alpha Man, corporellement incarné par John Daniel et vocalement interprété par Bob Lennon, d'autres scènes semblent avoir été "rattrapées" grâce à ce procédé. On pense notamment à l'échange entre le client du début du film (doublé par Antoine Daniel) et Benzaie, où le client susmentionné n'a pas la même voix au comptoir que quand il s'en va. C'est d'autant plus regrettable que l'image est elle, il faut l'avouer, très belle et parfois même assez élégante, témoignant d'un gros boulot de Benzaie et son directeur de la photo, Maxime Phelipot. Le bilan reste cependant positif, avec quelques jolies scènes contemplatives (celle où Benzaie ferme la boutique ou celle qui suit la scène de la banque).

Images-2-1252.PNGC'est surtout au niveau de l'écriture qu'Hard Corner – Le Film réussit son pari. D'un postulat de base assez simple – offrir 1h de Hard Corner aux fans –, Benjamin Daniel parvient non seulement à tirer un "Hard Corner Origins" satisfaisant et drôle (quelques scènes, comme le Pôle Emploi avec un gros clin d'œil à GTO, le brunch ou le rendez-vous à la banque, justement, sont de vrais bijoux), mais surtout il livre une petite fable sur le passage à l'âge adulte sans renoncer à ses rêves ou changer sa nature et une critique des conventions sociales. Un vrai film consistant et cohérent qui ne ressemble pas à un enchaînement de sketches, en fait. On suit ainsi Benzaie dans son évolution, du petit geek soumis et insatisfait au garçon droit dans ses baskets qui se bat pour concrétiser son souhait, quitte à abandonner des éléments "stables" de sa vie. Le tout à sa manière : un peu gauche, fantasmant ses luttes comme s'il s'agissait d'autant de niveaux d'un jeu. Si on peut déplorer quelques longueurs/lourdeurs sur certains gags (la crotte de nez, le vomi ou la danse qui paraît étirée pour correspondre à la longueur du morceau d'accompagnement), on doit surtout saluer la densité de l'ensemble et la pluralité des thèmes abordés – avec plus ou moins de subtilité, comédie oblige : le marché de l'emploi et la réalité économique en briseurs de rêves, l'impression d'être à côté de sa vie alors qu'on peut en apparence être classé dans la catégorie sociale "Ils ont réussi", le côté trompeur des apparences, les relations amoureuses sans sincérité et même, de façon plus discrète – voire pudique ? –, l'importance des valeurs familiales avec l'absence du père et ce personnage qui se réjouit de construire un bonheur (tout aussi illusoire que celui de Benzaie) sur le décès de sa grand-mère. Tout n'est pas parfait, une nouvelle fois, mais Hard Corner – Le Film présente une vraie profondeur, et cela ne fait pas de mal.

Publié dans Cinéma-Série

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