[Cinéma] Batman Forever

Publié le par Radus

Une fois n’est pas coutume, je ne vais pas parler de jeu vidéo. Eh non, aujourd’hui, je vais évoquer du cinéma, et plus précisément le film Batman Forever. Etant un grand fan du héros de Bob Kane, j’ai bien dû voir chaque film une bonne dizaine (vingtaine) de fois. Mes longues périodes de temps libre m’ont finalement permis de découvrir sur Youtube les scènes coupées de ce film. Des morceaux évincés qui, pour moi, réhabilitent quelque peu ce long-métrage décrié.

 

Batman_forever_XL.jpgRappel des faits

La plupart des gens seront d’accord, les deux films Batman de Tim Burton sont des merveilles. Sombres, dotés d’une patte esthétique folle et cohérente avec l’univers de base, ces deux bijoux ont aussi offert à leurs interprètes quelques beaux rôles. On pense à Jack Nicholson en Joker, on oublie parfois un peu vite une Michelle Pfeiffer des plus troublantes (graou…), un Danny DeVito bluffant en semi-monstre, ou encore un Michael Keaton incarnant un Batman tout en subtilité et un Bruce Wayne tout en no life-itude. Malgré toutes ces qualités, la Warner, au début des années 1990, est mécontente. Batman Retuns, pourtant magnifique (bien plus que Batman selon moi), est considéré comme un échec. Le géant américain somme Burton d’adoucir la licence. Batman doit devenir un divertissement familial pour accompagner le dessin animé apparu en 1992 (qui est pourtant bien dark aussi). Robin est notamment réclamé par la Warner. Burton prend alors ses distances, ne devenant que producteur, et laisse le rôle derrière la caméra à Joël Schumacher. Ce dernier, on le sait, plongera la licence dans les ténèbres avec son so gay Batman & Robin, truffé de répliques ridicules, d’effets spéciaux ringards et d’acteurs en roue libre. Une insulte qui retardera l’adaptation suivante jusqu’à 2005.  Mais avant cette immondice, le père Schumacher nous avait livré un Batman Forever dont il va être question après cette intro.

 

Héritage difficile ?

Tout commence une nuit. Bruce Wayne enfile son costume de Batman. Harvey « Double-Face » Dent, l’un de ses ennemis les plus dangereux, s’est échappé de l’asile-gruyère d’Arkham, et a attaqué une banque avec ses complices. Le Chevalier Noir intervient après avoir brièvement rencontré une psychiatre chargée d’étudier ce qu’est devenu Dent, Chase Meridian, mais ne peut empêcher la fuite de son ancien ami. Il ne sera d’ailleurs bientôt plus seul : il est rejoint dans sa croisade contre Batman par Edward Nygma, alias l’Homme-Mystère, un jeune chercheur débouté par Wayne car ses travaux induisaient une expérimentation sur l’Homme. Pour faire face à cette double menace, Batman doit s’allier à Dick Grayson, un jeune trapéziste dont les parents ont été tués par Double-Face, et qui a découvert qui est réellement Bruce Wayne. En parallèle, le milliardaire tente, avec l’aide de Meridian, de combattre de vieilles visions remontant à son enfance : le carnet de son père tombant dans une grotte, et Bruce faisant face à une immense chauve-souris… Le pitch peut s’avérer prometteur au départ : Batman, rongé par des souvenirs enfouis, doit en effet affronter deux ennemis opérant dans deux classes différentes : un imprévisible aux méthodes expéditives (Double-Face), et un autre tout aussi imprévisible, mais avec la matière grise en plus (L’Homme-Mystère). L’arrivée d’un Robin tout aussi traumatisé que Batman peut également sembler un bon point.

Néanmoins, Schumacher, bridé par la production, ne peut réaliser un film aussi sombre qu’il l’aurait peut-être voulu. Exit la violence de Double-Face, l’aspect sombre de Gotham City et la complexité des personnages. Ce Batman doit être compréhensible par tous. On pourra donc déplorer la construction des personnages et la direction d’acteurs pour certains rôles. Double-Face, de maniaque hyper-violent obsédé par le hasard, devient une sorte de clown au costard bariolé, passant son temps à gesticuler et à ricaner bêtement. Un vrai gâchis quand on sait quel Harvey Dent angoissant Tommy Lee Jones aurait pu nous offrir. Il n’est au final pas si éloigné de la composition de l’Homme-Mystère, à qui ce côté déjanté se prête néanmoins mieux (et qui est campé par un Jim Carrey dans son élément). On regrettera également que la psychiatre, campée par Nicole Kidman, ne soit finalement qu’un objet sexuel caché derrière un rôle d’intellectuelle. Son seul but sera en effet de chauffer alternativement Batman et Bruce Wayne, et d’être enlevée pour devenir la femme en détresse. Dans une moindre mesure, on pourra aussi pester contre la construction du rôle de Batman, qui sera finalement moins sombre et torturé que ce à quoi on aurait pu s’attendre, et celle de Robin, pour les mêmes raisons. Au niveau esthétique, on peut déplorer les couleurs plus flashy de Gotham, et notamment cette bande de loubards peints en fluo que Dick affronte dans une ruelle au milieu du film. Certes, ils ne devaient pas effrayer les gosses, mais ils sont justes ridicules et, aujourd’hui, aussi ringards qu’une bonne coupe mullet.

 

Des scènes coupées qui changent la donne

Attention, le film était loin d’être mauvais au final. Il restait un bon divertissement familial – ce qu’il devait être, en somme – mais manquait de profondeur et, plus grave, se révélait assez peu fidèle à l’esprit d’origine. C’est là que les scènes coupées interviennent. En effet, elles démontrent que, contrairement à Batman & Robin, le film n’a sûrement pas été pensé en l’état par Schumacher. Certes, elles ne réinventent pas Double-Face ou Chase, et ne virilisent pas non plus un Robin déjà bien village people. Trois d’entre elles apportent néanmoins des ajouts d’une qualité non négligeable.

 

- L'opening original

La première d’entre elles n’est autre que l’opening original. Oubliez le gros sigle Batman accompagné du thème principal et les noms des acteurs traversant l’écran bientôt suivis par le titre et la séquence de la Bat-préparation. Ici, on suit un médecin d’Arkham qui veut rendre visite à Harvey Dent dans sa cellule par une nuit d’orage. Il ne trouve pas ce dernier, qui s’est enfui et a ligoté le gardien au passage. Un début sombre à souhait, surtout dans son esthétique, bien plus sobre et terne que le film dans son ensemble. Néanmoins, cette séquence assez angoissante visuellement a été coupée, et ce malgré sa qualité

 

 - Les doutes de Bruce

 La deuxième scène marquante prend place après la réception avortée de Nygma, alors que Batman a été sauvé par Dick des décombres d’un métro détruit par Double-Face. Bruce regarde la TV avec Alfred, et se met à douter de sa vocation de Batman après que le présentateur ait présenté le Dark Knight comme un énergumène aussi fou et destructeur que ses ennemis, et qu’il ait affirmé qu’il doit se retirer. Alfred tente de pousser la réflexion en ce sens, évoquant le manque de raisons pour Bruce de continuer. Cette scène aboutit au doute grandissant de Bruce sur sa vocation et sa propre identité, et ses envies de ranger la cape. Cette séquence, qui est une version fortement augmentée d’une scène présente dans le film, apporte énormément de profondeur au personnage de Batman et à la composition de l’ami Val Kilmer. On y voit un Bruce en plein doute, songeant sérieusement à raccrocher car il n’est même plus sûr de qui il est. La psychologie du si complexe Batman est abordée, ce qui a certainement motivé la coupe. Pouvait-on présenter les doutes d’adulte de Batman à des enfants ? « Non, bien sûr » pour la Warner. Poubelle, donc, et c’est bien dommage.

 

 - Le secret de la Batcave

La dernière scène est la plus étrange, mais aussi la plus intéressante de toutes. Prenant place après l’attaque du Manoir Wayne par Double-Face et l’Homme-Mystère, elle nous présente un Bruce déboussolé, que le choc à la tête subi lors de l’attaque a semble-t-il rendu amnésique. Il a oublié qu’il a été Batman, et confie même à Alfred être effrayé à cette idée. Le majordome décide alors de le confronter à ce pourquoi il est devenu l’homme chauve-souris. Il l’emmène à la grotte dans laquelle Bruce avait fui devant une chauve-souris étant petit. Wayne y découvre le journal de son père, qui le hantait depuis tant d’années. Il y lit alors que c’est son père qui a choisi le film et donc le cinéma à côté duquel lui et sa mère ont été tués. Délesté de sa culpabilité (il pensait jusqu’ici que c’était son acharnement à vouloir aller au cinéma qui avait entraîné la mort de ses parents), il peut alors faire face à sa peur d’enfant : une chauve-souris gigantesque vole en effet vers lui et vient lui faire face. Bruce ne fuit plus, affrontant le regard de la bête et s’identifiant au monstre. Il ressort de là en clamant à Alfred « I am Batman… ». Cette scène est pour le moins étrange dans sa construction, notamment l’apparition de la chauve-souris. Cette dernière est-elle réelle ? Ou s’agit-il d’une représentation mentale de Bruce, prêt à affronter ce qu’il avait fui ? La taille de la bête est en effet assez hallucinante puisqu’elle semble faire un mètre de haut, voire plus. Qui n’aurait pas fui devant un bestiau pareil, qui plus est à huit ou dix ans ? Elle ressemble même à un ennemi du Batman BD, Man-Bat, un homme se changeant en über-chauve-souris. Man-Bat, hallucination ou chauve-souris de Tchernobyl, peu importe. Elle a le mérite de relancer Bruce et d’être au centre d’une scène importante dans l’évolution mentale du personnage. Elle est néanmoins sûrement à l’origine de la mise à l’écart (imaginez les cauchemars des gamins si elle était restée dans le film).

 

Si Batman Forever n’est déjà pas un mauvais film en soi, ces trois scènes coupées, sans doute les plus réussies de toutes, apportent une vraie épaisseur au personnage principal, et auraient été des moments importants du long-métrage si elles avaient été intégrées. De quoi réhabiliter quelque peu le travail de Schumacher sur cet opus. Par contre, pour Batman & Robin, je pense qu’il faudrait découvrir tout un film coupé pour arriver à quelque chose…

Publié dans Cinéma-Série

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