[Cinéma] Angry Video Game Nerd - The Movie

Publié le par Radus

Pionnier de la vidéo consacrée au jeu vidéo sur le net - le mec a commencé à balancer son contenu avant même la création de YouTube, ça vous situe le dinosaure -, James Rolfe, plus connu sous le pseudonyme d'Angry Video Game Nerd, nous gratifie d'un long-métrage basé sur son show-phare. Sortez les slips en titane, nous tenons un des étrons de l'année.

"He's the angriest gamer you've ever heard, he's the angry nintendo/video game nerd". Oui, je sais, j'ai raccourci le générique que nous connaissons tous. Cela fait mine de rien dix ans que nous avons pu découvrir un gars névrotique avec des lunettes, une chemise blanche et trois expressions faciales qui s'échine à tester de vieux jeux. Level design à la rue, gameplay aux fraises, graphismes plus moches que votre conquête de sortie de boîte à 5h30 du mat', bande-son vous faisant préférer la Compilation des bruits de marteaux-piqueurs, voire toutes ces tares à la fois. Voilà bien le quotidien du Nerd, qui nous expose les défauts d'un soft, le tout entre deux bières et avant de proférer un flot d'insultes où ça parle le plus souvent de diarrhée sortant du pénis de babouin inséré dans l'oreille d'éléphant bloquée dans l'œil du buffle que notre ami le Nerd préférerait lécher plutôt que de jouer au jeu du jour. Exagération du jeu d'acteur, cris hystériques et mise en scène cheapos à base de jeux/gens jetés dans des tas de cartons n'ayant rien à faire là sont par ailleurs au centre du succès du show qui a, rappelons-le, inspiré notre Joueur du Grenier national (dont certains épisodes, consciemment ou non, reprennent quasiment toutes les vannes de l'AVGN). Un véritable phénomène qu'il vaut toutefois mieux découvrir à petite dose (par paquets de deux trois épisodes), sous peine de vite s'agacer (les diarrhées et autres histoires de pénis, ça peut vite lasser). Mais un plébiscite néanmoins assez fort pour que James Rolfe, créateur du bousin, veuille en faire un long-métrage, dont il boucle apparemment le script avant même l'an 2010, et qu'il fait financer par ses fans via Indiegogo. Fans qui sont d'ailleurs invités à repasser à la caisse à la sortie sur Viméo...

Le Nerd coule une vie tranquille. Il travaille dans une boutique de jeux où, bien sûr, il n'est pas hyper-productif puisque peu enclin à vendre le dernier Call of Watch Dogs - Battlefield Expanded 5 (nom de jeu générique). De plus, il est harcelé par son jeune collègue et ses fans, qui veulent le voir tester LE pire jeu de tous les temps : E.T. À ces casse-noix notoires va venir s'ajouter la jolie représentante de Cockburn, une boîte qui veut utiliser la notoriété du Nerd pour faire la promotion de son prochain jeu, la suite d'E.T., en lui faisant tester les deux épisodes. Il finit par accepter à contrecœur quand on lui propose de se joindre aux fouilles pour retrouver les mythiques "cartouches ensevelies". Malheureusement pour lui et ses compagnons, ils vont, une fois sur place, être attaqués par le général fou en charge de la protection de ce lieu classé secret défense. Les cartouches ne sont en effet pas seulement des jeux : elles contiendraient, selon le créateur-même du titre, un plan de la fameuse zone 51, et de quoi retrouver le vaisseau de l'alien qui y est retenu...

Comment entamer cette critique autrement que par un long soupir ? Vous l'aurez compris, je ne suis pas un immensissime fan du show de base. Je lui reconnais volontiers son côté pionnier, et peut en apprécier le visionnage de façon sporadique. Mais je dois bien avouer que l'aspect redondant de la chose - pourtant bien plus prononcé que pour un Joueur du Grenier à qui il est parfois reproché de se répéter - et ce sens de l'outrance ont tendance à vite me taper sur le système. Tant et si bien que si je peux parfois revisionner un JdG, un 3615 Usul ou un Crossed avec plaisir, j'ai du mal à me replonger dans un AVGN. Et la scénarisation ici tentée ne sauve absolument pas le concept. Pire, l'intrigue étant d'une bêtise peu commune, j'en suis venu à développer une vraie aversion pour ce long-métrage. La question de la pertinence de ce film se pose même selon moi : est-ce que cela valait le coup de faire un film sur les cartouches ensevelies d'E.T alors que lesdits jeux ont été déterrés il y a quelques mois ? Mais au-delà de cette interrogation, deux autres pans du film ont de quoi révolter : l'apparente "prétention" du propos et le naufrage technique et humoristique présenté.

Pour tout dire, je ne saurais affirmer que "prétention" est le terme adéquat. L'AVGN nous livre en effet un constat sur son propre rôle : comme notre cher JdG, il donne parfois plus envie d'essayer le jeu moisi présenté que de le fuir. C'est un fait assez peu contestable, et nous avons quasi tous (re)lancé Tintin au Tibet ou les Tortues Ninja pour nous rendre compte de l'ampleur des dégâts. À ce niveau, nous sommes d'accord. Mais la vision de fans attendant le verdict de l'AVGN sur un jeu comme si leur vie en dépendait me gêne déjà beaucoup plus, et c'est en cela que le film semble prétentieux. Et vu que c'est la seule interaction entre le Nerd et ses admirateurs, qui semblent royalement l'agacer d'ailleurs, cela fait un peu tâche. Tout comme l'humour et la technique. À l'instar d'un Bienvenue chez les Ch'tis des familles, AVGN - The Movie est en effet l'une de ces comédies qui ne font pas rire. Les blagues sont lourdes, peu inspirées, et si cet humour passe à petite dose sur les vidéos de base, cela devient usant sur un film de plus d'1h30. Ce ramassis d'inepties ne m'aura au final arraché que deux sourires : l'un quand les scientifiques à la ramasse essaient de faire croire qu'ils comprennent la technologie alien, l'autre quand le Nerd découvre, dans la zone 51, une pièce dans laquelle se trouvent Elvis, Michael Jackson et autres gens soi-disant morts. C'est tout, et c'est trop peu.

Et en parlant de trop peu, comment ne pas évoquer cette technique à la rue ? Je veux bien que l'on fasse un film volontairement kitsch, avec une poursuite en voiture toute molle, des décors en carton et alu et autre vétusté du genre, mais les fonds verts mal dégrossis pour compenser des scènes qu'on a sûrement oublié de tourner, cela passe déjà moins. Oui, c'est un film semi-amateur à petit budget, mais si l'histoire est mauvaise, la technique ratée, l'humour aux fraises et les acteurs à la rue (en même temps, le Nerd n'a jamais eu beaucoup de variété dans son jeu), il ne reste plus rien à sauver. Et quand on voit des fous furieux défoncer Hard Corner - Le Film - pourtant plus drôle, aux thèmes plus profonds et à l'image mille fois plus élégante - encenser cet étron cosmique d'AVGN - The Movie, cela en devient désespérant.

Publié dans Cinéma-Série

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