[Cinéma] Ninja Turtles

Publié le par Radus

Presque vingt ans après leur création, et alors que les plus jeunes les découvrent via le très vilain cartoon 3D de Nickelodeon, les Tortues Ninja reviennent sur grand écran, en live action, et avec Michael Bay à la production. Un retour qui, s'il n'est pas aussi désastreux que son élaboration chaotique le laissait penser, reste trop générique pour rafler l'adhésion totale des fans.

« Tortues Ninja, Tortues Ninja, Tortues Ninja, Tortues Ninja, Cowabunga le cri des ninjas ! » Cessez donc de faire les innocents : si vous avez grandi pendant les années 1980 et 1990, vous connaissez forcément ce générique. Les Tortues Ninja, dessin animé tiré d'une bande-dessinée parodiant Daredevil, aura en effet rythmé nos mercredis matins sans école, au même titre qu'Inspecteur Gadget ou Dragon Ball Z. Les aventures de quatre reptiles mutants, initiés aux arts Ninja par un rat tout aussi mutant qu'eux, aux prises avec l'infâme clan du Foot et leur chef Shredder. Un pitch aussi improbable qu'accrocheur qui aura de plus permis à Playmates de vendre des semi-remorques entiers de jouets aux enfants de prolétaires. La TurtleMania fut telle que tout et n'importe quoi vit le jour : trousses, cartables, peluches (et dire que j'ai perdu mon Raphaël... Monde de merde, il y a pas de justice), jeux video (nous y viendrons un jour, j'ai des choses à dire sur certains d'entre eux), mais aussi et surtout trois films live action. Un premier opus hyper-fidèle aux comics d'origine, dont le ton est beaucoup plus sombre que celui du dessin animé de 1987 (quelle belle année) ; un deuxième déjà plus craignos avec Vanilla Ice dedans ; enfin, un troisième volet assez crétin dans lequel les tortues partent tataner du samuraï du Japon féodal par le truchement d'un bullshit « vas-y c'est du voyage dans le temps tu comprends pas ». Néanmoins, comme souvent quand on tire trop sur la corde, le filon se tarit et les Tortues devinrent quelque peu ringardes en même temps que la coupe Mullet (Monde de merde, on vous dit). Et ce n'est pas l'infâme Tortues Ninja - Nouvelle Génération, avec ses costumes en carton, ses intrigues en mousse et sa cinquième tortue femelle avec des boobs, qui allait aider à réhabiliter les chevaliers d'écailles. Non, ce fut la série de 2003, plus mature et axée sur le côté asiatique de l'héritage des Tortues, qui permit ce miracle. Et c'est dans cette lignée que Nickelodeon tente de séduire une nouvelle audience avec sa très moche série en 3D actuellement à l'antenne.

Les Tortues sont de nouveau hype et les rumeurs d'un quatrième film live action refirent donc surface. Les nouvelles technologies aidant, ce fut la société de production de Michael Bay qui décrocha la timbale et mît en chantier un long-métrage. Et c'est là que le bazar commence : au-delà de l'aversion toute compréhensible des fans pour le réalisateur le plus attardé d'Hollywood (« awesome barbecue », ne l'oublions pas. Jamais), les premières fuites concernant le script sont terrifiantes. On évoque des tortues aliens et autres absurdités. Les créateurs eux-mêmes clament que le film part dans la mauvaise direction (et on parle de mecs qui, si aujourd'hui ils lui crachent dessus, ont validé la cinquième tortue avec des boobs), les Internets s'enflamment. À tel point que Bay rétro-pédale sur son tricycle à conneries et dit à qui veut l'entendre qu'il n'y a pas d'inquiétude à avoir, que le matériau sera respecté. Et c'est donc après des années d'un développement chaotique que nous parvient Ninja Turtles de Jonathan Liebesman (un tâcheron de l'écurie Michael Bay qui nous a pondu la Colère des Titans et Battle Los Angles), avec Megan Fox en April O'Neil (on ne vomit pas tout de suite), tout un tas de mecs avec de fausses carapaces et des capteurs sur la tronche pour les Tortues, le verticalement concentré Danny Woodburn pour Splinter, mais doublé par Tony « Monk » Shalhoub, et William Fitchner en Shredder (c'est la Wikipédia qui le disait). Ah, et Whoopi Goldberg qui a dû traîner environ une démi-journée sur le plateau vu son temps à l'écran.

Le film nous raconte l'histoire d'April (on va y revenir...), jeune journaliste cantonnée, pour son plus grand désarroi, à des reportages sur des absurdités telles qu'un cours de step en plein air. Des sujets peu intéressants qui permettent tout de même à Vernon, son cameraman qui en pince TRÈS DISCRÈTEMENT pour elle, de se rincer l'œil dès huit heures du mat' sur une April qui fait du step (avec tout ce que cela sous-entend de balancement mammaire au bout de cinq minutes de film. Je n'avais pas vu un plan boobs aussi rapide depuis l'intro du reboot de Tomb Raider). La petite April préférerait par exemple enquêter sur le mystérieux clan des Foot, un gang qui commet de nombreux larcins depuis des mois, sans que la police ne puisse donner l'impression d'en avoir ne serait-ce que quelque chose à foutre. En suivant une piste, elle assiste, sur les docks, à un remake de la première apparition de Batman dans Batman Begins (traitement chromatique et déroulement compris). Elle peut tout juste remarquer un sigle laissé sur une des caisses braquées. Mais remarquée, cette intervention l'est aussi par Éric Sachs, qui en plus d'être un ancien collègue du père d'April (ce qui est un HEUREUX HASARD), est aussi un chercheur brillamment mégalomane, et pas du tout Shredder comme l'odieuse Wikipedia nous l'avait laissé entendre. Sachs et son associé Shredder, joué par un Asiatique lambda qui ne parle pas bien anglais, décident donc d'attaquer les gens dans le RER local pour forcer les fauteurs de trouble à se montrer. Alors que les méchants bloquent tout le monde au Châtelet du coin, quatre justiciers arrivent, coupent le courant et tabassent, dans la sombre obscurité ténébreuse de la nuit noire mal éclairée, les filous du Foot. L'occasion pour April de découvrir que ces quatre bourrins sont en fait des Tortues de près de deux mètres, plus musclées que Dwayne "The Rock" Johnson, et toutes affublées d'un signe distinctif physique ou moral des fois qu'on soit trop daltonien pour voir la couleur du bandana : le chef, bandana bleu, katanas dans le dos et store vénitien en bois sur le torse ; le sous-chef vénère, bandana rouge, grosse voix rauque et tapis de douche autour de la taille ; l'intello, bandana mauve, dents du bonheur et grosses lunettes rafistolées sur le museau ; enfin, l'obsédé sexuel, bandana orange, collier-gri-gri à pas cher et voix d'ahuri amateur de weed. En entendant le nom de l'un d'entre eux, April comprend que ces tortues sont les sujets d'expérience de son défunt père, et fait part de son hypothèse à Sachs. Ce dernier va alors attaquer pour tenter de récupérer le secret de la mutation des tortues dans leur sang. Il a en effet de sombres projets d'arme chimique sur le feu...

Qu'ouïs-je ? Ça rouspète au fond ? « C'est pas crédible plus de trente secondes ». Effectivement, bien observé. Au-delà des attardés qui sortent de là en se disant que des tortues karatékas de deux mètres, c'est difficilement crédible, crétins pour lesquels toute forme de science ne peut plus rien, le script pondu par l'écurie Bay est, il faut l'avouer, bien trop empreint de hasards bienvenus. D’April qui a rendez-vous pour des infos pile le soir du casse à son passage à côté du métro pile au moment de la prise d’otages, en passant par Sachs qui est pile le méchant fou furieux qui voulait détourner les recherches du père d’April, tout y est. Mais plus que les coïncidences rigolotes qui n’en sont peut-être pas pour April, celles concernant les Tortues sont encore plus énormes : qu’un rat apprenne les arts ninja en mimant son maître humain était trop ridicule ? Nos brillants scénaristes nous pondent un rat qui a appris à se battre en trouvant un livre dans les égouts. Et croyez-moi, il est bien plus efficace que vous essayent de reproduire les mouvements de Batman dans la série Arkham vos soirs de baston à la sortie des bars. Et les problèmes ne s’arrêtent pas là : d’une, il n’est jamais expliqué comment un sérum censé aider à la cicatrisation peut faire muter des reptiles et un petit mammifère en êtres humanoïdes, mais surtout, surtout, ce film s’est trompé de nom : il aurait dû s’appeler April O’Neil et les Tortues Ninja.

Nos amies vertes ne sont en effet ici que des seconds rôles et n’interviennent finalement que pour les scènes de baston. Le reste du temps, on suit les actions d’April, ses réflexions, ses décisions, et même les actions de Vernon dont, avouons-le, nous n’avons strictement rien à foutre. Ce qui fait, qu’au final, on apprend peu de choses sur les Tortues alors que ce long-métrage doit servir de point de départ à une saga. C’est fort dommage quand on voit que les scènes d’action, hormis la vomitive, bien trop longue, illisible et en réalité toute Bay-esque scène de la neige (oui, celle de la bande-annonce, avec les 4x4), sont réussies, appréciablement compréhensibles grâce aux plans larges et tout juste assez longues pour ne pas lasser (mention au combat Splinter vs Le Foot Clan/Shredder, même si la bagarre entre les Tortues et notre camarade nippon est bien aussi). De même, le côté « parodie de la saga The Dark Knight » (visible par quelques allusions et le traitement de quelques scènes au début du film) n’était pas inintéressant puisque renvoyant à l’aspect « parodie de Daredevil » de la BD originelle. Mais au final, comment aider ce film rendu trop quelconque par sa mise en avant d’April et Vernon ? Que doit faire la suite déjà annoncée ? J’aurais bien dit « ne surtout pas écouter les abrutis de fans qui s’improvisent scénaristes sur le net et crient qu’il faut intégrer Krang, Bebop et Rocksteady ». Script doctors à la pisse parmi lesquels on trouve notamment le grand-père des vidéastes jeux vidéo sur le net, l’AVGN, qui nous a infligé l’un des pires films de ces dernières années avec son merdique AVGN – The Movie (j’en parlerai bientôt de ce machin). Malheureusement, les deux larbins mutants de Shredder ont d’ores et déjà été confirmés (et même castés), et des apparitions de Krang et sa Dimension X sont évoquées. Espérons que plus de folie soit insufflé dans tout ça. Quitte à faire un film où des tortues bastonnent un phacochère et un rhino, autant le faire à fond, en mettant en avant la collaboration fraternelle entre nos bébêtes à carapace, par exemple. Comment ça, je fais mon script doctor à la pisse ?

Publié dans Cinéma-Série

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