[Cinéma] X-Men – Days of Future Past

Publié le par Radus

Un futur totalitaire et en déclin. Des mutants menacés par un ennemi invincible et inévitable qui les éradiquera tôt ou tard. Le mélange des castings de la première trilogie X-Men et de First Class, le retour de Bryan Singer à la réalisation. X-Men – Days of Future Past avait, sur le papier, tout ce qu’il fallait pour provoquer l’orgasme des fanboys aux cheveux gras comme moi, qui l’attendaient « comme une pucelle », dixit un grand homme. Qu’en est-il au final ?

Je dois bien l’avouer, j’ai toujours été un gros fan de la saga X-Men. Bien qu’assez peu connaisseur du comics original, dont j’avais saisi les grandes lignes et les grands thèmes sans être totalement aware de tous les univers parallèles et des multiples versions des équipes, je fus conquis dès le premier film de Bryan Singer. Le casting était bon, l’intrigue élaborée sans être complexissime et le long-métrage constituait au final une bonne mise en place pour la saga, même si Le Crapaud et Dents-de-Sabre ressemblaient plus à des sacs à coups qu’à de vrais ennemis. Cette nécessaire introduction faite, Bryan Singer nous gratifiait, trois ans plus tard, d’un véritable chef-d’œuvre, X-Men 2 étant à la saga des mutants ce que The Dark Knight est à Batman : un film puissant et brillant, avec des scènes hallucinantes (rien que l’attentat d’ouverture sur le président des USA, perpétré par Diablo, conserve une classe folle quelques onze années plus tard) et des thèmes dingues (l’éradication d’une partie de l’Humanité par peur et haine de l’inconnu, le tout en manipulant certains des futurs condamnés ; le traumatisme des attentas du 11 septembre ; la difficile révélation d’une différence aux proches, et bien d’autres). C’est après que les choses commencent à se gâter. À un troisième opus qui étouffait son sous-texte intéressant et certaines scènes franchement sympathiques sous des montagnes de fan-service, a succédé l’immondice X-Men Origins – Wolverine, qui choisissait de nous expliquer ce que nous avions déjà vu dans le deuxième volet, à savoir l’origine du squelette en adamantium de Wolverine. Un film effroyable et ridicule, avec un Wolvie aux griffes limées et ne versant pas une goutte de sang, et dont les seules qualités auront été l’interprétation de Dents-de-Sabre par Liev Schreiber et l’éventrement de Wiil.I.Am (un pur fantasme… Premier contact musical avec Mars, il y avait de quoi déclencher une guerre interplanétaire, bordel). Après cette bouse venait First Class, qui réussissait à nous présenter de jeunes Charles Xavier et Magneto perdus au milieu de tout un tas de mutants inutiles (Azazel et Angel en tête), où seuls Le Fauve et Mystique émergeaient un peu aux côtés de nos futurs meilleurs ennemis, et The Wolverine, segment oubliable qui servait à nous offrir une jolie scène de combat en milieu de film et un Wolvie attaquant des braconniers ayant abattu un ours (on ne rigole pas). Une saga pour le moins hétérogène dans laquelle commençaient à poindre quelques incohérences (l’amitié d’enfance de Charles et Mystique parachutée dans First Class, ou l’histoire d’origine de Wolverine qui amène à se demander pourquoi Dents-de-Sabre ne réagit pas à la vue de son demi-frère dans le premier opus) au moment où débarque ce Days of Future Past, film au titre difficilement traduisible dans la langue de Moos.

2023. Les mutants sont au bord de l’extinction. L’homo-superior est en effet traqué par des robots guerriers répondant au doux nom de Sentinelles, et les quelques homo-sapiens qui ont tenté de prendre leur défense sont, au mieux emprisonnés, au pire éradiqués. Pire, les Sentinelles ont fini par identifier et attaquer les humains porteurs du gène qui pourrait donner des enfants ou petits-enfants mutants. Dans ce futur chaotique plongé dans une pénombre perpétuelle, un petit groupe de mutants à trouvé le moyen de repousser la mort par décès : Kitty Pryde, en plus de traverser la matière, peut en effet user de ses pouvoirs pour envoyer la conscience de quelqu’un vers une version antérieure de son corps, lui permettant de prévenir ses alliés d’une attaque à venir. C’est ainsi qu’elle arrive à maintenir en vie son groupe, composé d’Iceberg (qu’on connait déjà), Blink (qui crée des portails de téléportation), Solar (sorte d’équivalent d’Iceberg, mais pour le feu), Warpath (qui a des sens hyper-développés lui permettant de repérer les Sentinelles), Colossus (que l’on a déjà vu) et Bishop (qui absorbe les pouvoirs des autres pour alimenter son arme, joué par notre Omar Sy national). Cette petite troupe, qui s’est réfugiée en Chine après (et donc avant si on suit le principe de voyage dans le temps du film) une nouvelle attaque, est bientôt rejointe par ce qu’il reste des X-Men : Charles Xavier, équipé d’un fauteuil flottant, Wolverine, qui a visiblement retrouvé son ossature en adamantium entre la fin de The Wolverine et cette guerre ; Tornade, et Magneto, enfin uni avec ses anciens ennemis. En comprenant comment Kitty et ses petits copains restent en vie, Charles et Magneto élaborent un plan : renvoyer l’un d’eux en 1973 pour sauver Bolivar Trask, initiateur du projet Sentinelles qui voit sa création mise en production au moment de son assassinat par Mystique. En effet, outre le traumatisme entraîné par l’acte comme point de départ du projet, Mystique se retrouverait prisonnière et étudiée afin de transférer l’adaptabilité propre à sa mutation aux Sentinelles. Cependant, aucun esprit, même celui de Charles, ne peut résister à un tel renvoi selon Kitty. Aucun, à part celui de Wolverine, qui devrait pouvoir se régénérer assez vite pour supporter le « voyage ». Une fois sur place, il va devoir convaincre Le Fauve et Xavier, remis sur pieds mais privé de ses pouvoirs par un sérum – créé par Le Fauve – avec lequel il se shoote allègrement, et Magnéto, retenu prisonnier à quelques trois cents mètres sous le Pentagone pour une vulgaire participation supposée à l’assassinat du président Kennedy…

Quel bordel ! Voilà bien la première pensée qui nous arrive à la fin de ce Days of Future Past. Pas parce que l’histoire en elle-même est difficile à suivre, mais bien à cause de des problèmes d’interactions avec tous les autres opus de la saga. Outre le problème d’handicap du Professeur Xavier déjà pointé du doigt à la sortie de First Class (en gros, Charles se retrouve infirme à la fin de First Class, soit en 1962, alors qu’un flashback nous le montrait valide au cours des années 1980 dans X-Men 3) ou cette amitié Mystique/Charles qui va servir durant tout le film alors qu’on a l’impression qu’elle est introduite à coups de masse en cours de route, ce Days of Future Past amène son propre lot de bizarreries. Ainsi, on verra : Wolverine s’en remettre aux pouvoirs de Charles pour repérer quelqu’un dans la foule alors qu’il pourrait utiliser son propre odorat surboosté ; des humains découvrir les mutants en 1973 alors que le « problème » semble nouveau et urgent au début d’X-Men (qui prend place quelque part dans les années 2000) ; Magnéto capable de déplacer un stade entier alors qu’il était bloqué dans une prison sous le Pentagone (qui, sauf erreur de ma part, n’est pas fait en caoutchouc massif et doit bien contenir un peu de métal). Un petit effort d’adaptation vous sera par ailleurs nécessaire en ce qui concerne le voyage temporel : ici, le Temps est une ligne droite sur laquelle les personnages agissent. Ainsi, si un évènement est « annulé », tout l’avenir s’en trouve changé. Point, comme dans Retour vers le Futur ou Dragon Ball, de multiples univers avec des lignes de Temps différentes (vous n’êtes pas sans savoir que dans Dragon Ball, il existe au minimum trois lignes temporelles distinctes : celle où Goku survit à son attaque cardiaque, et qui aboutit à cette saloperie de saga Boo ; le futur de Trunks 1, où ce dernier, après avoir tué ses C-17 et C-18 à force d’entraînement, est dézingué par un Cell 1ere forme qui lui vole sa machine à voyager dans le Temps pour revenir à l’époque de l’activation des cyborgs ; le futur de Trunks 2, où celui qui revient de l’après-bataille de Cell affronte et élimine C-17, C-18 et le fameux Cell 1ere forme). Non, ici il existe une ligne où un gros changement équivaut à une réécriture de toute la ligne temporelle. Sans parler d’une Mystique que l’on nous présente comme capturée et a priori tuée dans les labos de Trask alors qu’elle sera là pour draguer Wolvie dans X-Men 2, ou du sérum du Fauve, sensé être les prémices du fameux vaccin anti-gène X d’X-Men 3 : si Hank a lui-même mis au point un produit similaire, pourquoi est-il si surpris quand on lui fait la démonstration du vaccin quelques trente ans plus tard ? Mais bon, il faut raison garder, et raison gardons : car dans le sillage de « quel bordel » se cache un « Quel pied ! »

Days of Future Past est en effet un très bon film. Le rythme se veut soutenu (enfin un gros blockbuster qui se restreint à deux heures et quelques poussières !), l’histoire est intéressante et on s’attache assez aux personnages pour apprécier leurs scènes d’action. Scènes qui sont elles aussi très bonnes, avec une mention spéciale pour l’affrontement entre Magnéto et Le Fauve et la dernière bataille du futur, où les Sentinelles se montrent encore implacables, et ce même si on arrive à imaginer pourquoi un groupe aussi restreint que le quator « Charles/Wolverine/Tornade/Magneto » a réussi à survivre jusque-là (ce qui peut sembler être une faiblesse du scénario) ; Et dire qu’ils ne sont que deux sur les quatre à prendre part au combat ! On pourra un peu râler sur l’esthétique du futur, trop sombre et surtout trop lisse pour un monde en ruines, mais on appréciera par contre les symboles du film. Les Sentinelles, qui éliminent ceux qu’elles chassent ou les enferment dans des camps de concentration, renvoient encore brillamment aux heures les plus sombres de la politique extérieure allemande, et se montrent des plus cruelles dans les différentes mises à mort présentées à l’écran. Voir Trask, rejeté par le Congrès, tenter de vendre son projet aux puissances communistes, est également un clin d’œil « sympathique » à l’Histoire. Enfin, voir le 27 janvier 1973, date de la signature des accords de paix de la Guerre du Vietnam, servir de point de départ à la chute des mutants est un choix des plus pertinents. Lesdits accords, en plus de mettre fin au conflit sur le papier, ont en effet entraîné la reconnaissance de la guerre, qui n’avait pas de réelle existence légale au plan international auparavant, et la mise au ban par la société américaine de ceux qu’elle avait envoyés se battre pour elle (souvenez-vous de Rambo). Ici, le 27 janvier 1973 deviendrait donc l’officialisation d’une guerre contre les mutants qui n’existait pas, et signifierait la mise à l’écart d’une partie de la population. Preuve que, si le scénario a du mal a respecter tous les canons, et surtout à marier les univers de ce qui devait être deux versions différentes d’X-Men (First Class étant à la base considéré comme un reboot et non une préquelle), il arrive à garder une profondeur et un vrai sous-texte, faisant de ce Days of Future Past un très bon segment de la saga des mutants, même s’il n’est sans doute pas le meilleur.

Publié dans Cinéma-Série

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